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Sebastien Rozeaux




MAGNIA



1


C’est l’histoire d’un chat

D’une chatte

Magnia.


C’est l’histoire d’un chat qu’on appelle Magnia

Parce qu’elle est fougueuse comme Anna Magnani

Parce qu’elle est italienne, romaine, médicéenne aussi.


C’est l’histoire d’un chat d’appartement à Rome

Paris et puis Toulouse, comme le foyer s’agrandit

Céline d’abord, Sébastien après et Laurel le dernier


C’est l’histoire d’un chat d’appartement qui loin de Lisbonne

A préféré rester, parce qu’à la saudade du retour

Et aux longs voyages elle ne voulut s’exposer.


C’est l’histoire d’un chat d’appartement qui l’été aimait

S’étaler sur la pierre chaude de la terrasse d’une maison

Dans le Cantal, avant de réintégrer à la rentrée son foyer.


C’est l’histoire d’un chat d’appartement qui du haut de ses quinze ans

N’avait jamais été si longtemps confiné ; c’était nouveau et agréable

D’être ainsi servie, caressée et couverte de baisers à volonté.


C’est l’histoire d’un chat coincé entre quatre murs

Qui regardait par la fenêtre le printemps grimper

Sur les platanes des berges du canal à midi.


C’est l’histoire d’un chat posté sur le rebord qui roucoulait

Quand les oiseaux se posaient sur une branche tout près,

Pressée que l’été arrive pour retrouver la terrasse ensoleillée.


C’est l’histoire d’un chat d’appartement qui revint à Toulouse

Comme le confinement à son tour, d’un genre nouveau car

Les écoles restaient ouvertes et son appétit s’était refermé.


C’est l’histoire d’un chat qui dût visiter les vétérinaires

Et que l’on soigna pendant les semaines claustrées,

Pour que la santé revienne et la joie dans le foyer.


C’est l’histoire d’un chat vulnérable et véhément qu’il fallait suivre

Jusqu’à sa gamelle ou la salle de bains, le regard insistant

Jusqu’à ce que du pommeau l’eau fraîche enfin jaillisse.


C’est l’histoire d’un chat d’appartement passé le nouvel an

Qui sautait sur la table mise pour implorer un bout

De viande ou de fromage, de parmesan surtout.


C’est l’histoire d’un chat qui tint bon sans rien perdre de sa grâce

Jusqu’à ce jour de mars où soudain elle ne mangea plus rien

D’autre que de l’herbe verte ramenée du jardin de Saissac.


C’est l’histoire d’un chat qui plutôt que de se reconfiner

S’installa avec le printemps sur le balcon du jardin ensoleillé

Tout contre un mur de pierres sèches, à l’abri d’un olivier

En attendant de sauter vers la vie nouvelle, rassérénée.


2


C’est l’histoire d’un chat

D’une chatte

Magnia.





Photos de ©Céline Gaille – Studio Hans Lucas

Les photos ont été prises lors des deux premiers confinements en 2020, à Toulouse.





 


Sebastien est maître de conférences en histoire à l'Université Toulouse Jean Jaurès. Spécialiste de l'histoire du Brésil contemporain, il a publié en 2019 Préhistoire de la lusophonie au Poisson volant (qui paraîtra chez Hucitec au Brésil en 2022). Il est également l'auteur de trois romans parus en France: Le Barbu céleste (2014), La garde républicaine (2017) et Passé outre (2020). Avant de s'installer à Toulouse, dans le sud de la France, il a vécu en région parisienne, ainsi qu'en Italie, en Espagne, au Brésil et au Portugal.


Photographe française, Céline Gaille réside à Toulouse, après avoir vécu à Paris, Lisbonne, Rome et New York. Son écriture personnelle se nourrit de questionnements sur le fait d'être « étranger », le sentiment d'exil, l'identité et les origines, notamment. A l'issue d'un séjour de deux ans à Lisbonne, elle publie une monographie sur le secret de famille et la manipulation photographique, dans "Accepte-le, un album portugais 1919-1979", Ed. The Eyes Publishing - un travail qui donne lieu à une exposition dans le cadre du festival "Encontros da imagem" à Braga, en 2016.

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