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Claudia Nina




NORMALITÉ


Traduction de Sara Novais Nogueira et Ana Lúcia Araújo




Elle s’est réveillée à la même heure que d’habitude et comme d’habitude elle est allée aux toilettes. La lumière oblique qui rentrait dans la chambre donnait la sensation de paix et la satisfaction de devoir accompli après une nuit calme. Se lever le matin pour aller travailler augmenterait les chances d’être à jour avec tout. L’ordre que gardait son existence, l’univers, les heures, le chemin de la lumière sur le tapis.


Néanmoins, en rabattant le couvercle du W.C., elle est tombée face à face avec un rat mort dedans la cuvette, noyé dans l’eau, avec une partie de son ventre à l’air. Elle a crié et a claqué le couvercle. Le bruit de tonnerre a fait que ses enfants se réveillaient et ils sont allés voir où il était l’incendie.


– N’ouvrez pas ça! Il y a un rat mort dans la cuvette!


Malgré le bruit, pendant que la petite fille de dix ans dormait encore en position debout, le frère adolescent n’a pas eu peur, il a levé le couvercle du W.C. pour voir le cadavre. La surprise quand il l’a ouvert: il n’y avait rien.


– Maman tu es folle. Laisse-nous tranquilles!


Il est parti sans lui accorder de l’importance.


La petite fille a fait un air méprisant après avoir réussi à ouvrir un de ses yeux et se rendre compte qu’en réalité il n’y avait aucun rat flottant dans le sanitaire. Sa mère était folle.


– Maman, tu devrais être hospitalisée de force de toute urgence!


Comment faire pour se débarrasser du rat si seulement elle le voyait? Avec quel courage d’aller chercher un sac poubelle et faire treuiller cet être? Elle n’avait pas des doutes de sa propre santé mentale. Il devrait y avoir une explication pour cette illusion d’optique là, un jeu de disparition et apparition.


Avant d’ouvrir de nouveaux le couvercle du W.C., elle est allée jusqu’à la cuisine et a pris un sac poubelle. Elle-même devait s’occuper du sale travail, elle ne peut compter sur personne. Pour une seconde, elle a hésité à appeler le concierge. Mais toute de suite, elle a imaginé que, si par hasard le rat n’était plus là, elle devrait rendre des comptes officiels de sa folie.


Donc, elle a ouvert le couvercle et le voilà: marron, gonflé et flottable.


Elle a mis l’animal dans le sac. Les yeux à elle-même étaient mi-clos, le minimum de vision pour ne pas laisser l’animal tomber par terre. Sa pensée était d’aller à la chambre de ses enfants et leur montrer ce qu’ils n’avaient pas eu le courage de voir – oui, elle pensait que voir le rat dans sa cuvette du W.C. était une question de courage. Son état n’était pas délirant. Ce qui est délirant c’est qu’ils ne voulaient pas voire le rat mort. Ça ne pouvait être que ça. Le contraire serait accepter sa propre folie.


Elle a ouvert la porte du coin à poubelles et a effondré le sac poubelle avec le rat lourd de l’eau du W.C.. Elle pourrait maintenant retourner à sa routine de tous les jours. Le travail était en attente. Une douche chaude à mi-chemin la ferait oublier la vision ténébreuse de l’être flottable. D’où a surgi le rat était la question qu’elle essaierait d’éviter à ce moment-là.


Le jour s’est déroulé avec normalité. Pas de surprise, juste les aperçus ou l’image du rat dans le W.C. envahi sa toile mentale, exigeant le changement rapide de chaîne. Personne au travail pourrait savoir ce qu’il s’est passé. Peut-être que personne n’avait le courage d’y croire. La nuit est arrivée et aussi la fatigue. À la maison les enfants n’ont pas parlé sur le sujet du rat. C’était évident que la mère était restée plongée dans ce cauchemar-là.


L’alternative était la folie.


Le lendemain elle s’est levée avec la même clarté de la veille, le faisceau lumineux grattait le tapis. Elle aimait tellement cette façon douce de se réveiller.


Elle s’est levée. Elle est allée aux toilettes et a ouvert le couvercle du W.C. tout doucement. Rien.


Pour un moment elle a cru à la théorie cauchemardesque. Ou sinon elle avait vécu dans une réalité parallèle jusqu’à l’heure où elle a jeté l’animal dans la poubelle. Ça ne peut être que ça. Elle a ressenti à nouveau la sensation de plénitude, de devoir accompli avec l’ordre universelle des choses qui régissent ses jours, ses heures, la lumière oblique sur le tapis de la chambre…


Elle a ouvert le robinet de la douche, était prête pour prendre son bain tiède et énergisant du matin lorsqu’elle a regardé le drain de douche et a vu une queue énorme et poilue sortant par les petites grilles du drain – peur! Elle l’a regardé de plus proche, abasourdie. Elle n’avait pas de voix pour crier, tel était son état de choc. En ce moment-là, que ce soit par la force de l’eau qui cognait le drain ou bien à cause du gros volume d’eau là-dedans, son couvercle s’est détaché. Ce qui a apparu c’était l’horreur : un rat encore plus grand, mort, en glissant par terre sur le sol de la douche.


Elle a eu besoin de changer, sans se rendre compte et avec quelle force, son état de torpeur pour chercher un sac poubelle à la cuisine et refaire ce que se ressemblait à une rituelle: se débarrasser de la créature. Elle a hésité à montrer l’animal à ses enfants et est restée une seconde avec lui dans ses mains au milieu du couloir – montrer ou pas montrer?


En fin de compte, elle n’a pas appelé ses enfants. Précaution. S’ils n’arrivaient pas encore à voir l’animal, sa santé mentale pourrait être mise en cause.


Elle s’est débarrassée du rat, a désinfecté la baignoire et elle est retournée dans la douche.


A partir de ce moment-là, elle a pensé qu’elle ne pouvait plus croire à la théorie cauchemardesque. Ni dans la réalité parallèle. Sa première idée, peut-être, c’était la vérité profonde. Pour voir des rats c’était nécessaire avoir du courage – sera-t-il? Elle avait besoin d’apprendre à ses enfants l’apprentissage sur l’heure. Elle a pris la décision de, si au lendemain elle recevrait une autre visite macabre, elle les appellerait pour tester une fois de plus s’ils pouvaient ou pas voir ce que la mère voyait.


De toute façon, elle aurait qu’annoncer ce que probablement était la certitude la plus dure: la normalité d’avant n’existait plus après avoir eu la vision du premier rat mort, marron, gonflé et flottable.


L’alternative c’était la folie.


 

Titulaire d’un doctorat en lettres (Université d’Utrecht), Claudia a écrit une thèse sur Clarice Lispector. Professeure invitée à Université de l’État de Rio de Janeiro (UERJ), elle y a dispensé un cours en théorie littéraire. Elle a publié plus d’une douzaine de livres, notamment des romans, de la littérature jeunesse, des critiques et des biographies. Son roman Paisagem de porcelana (Rocco) a été finaliste du Prix Rio de Literatura 2015. Journaliste, elle collabore également au magazine Seleções (Reader´s Digest) pour lequel elle signe la chronique en ligne Histórias que a vida conta.


Franco-brésilienne, Ana Lúcia est née au Brésil. Licenciée en Lettres «portugais-français» par l’Université Fédéral de Minas Gerais. Elle a poursuivi ses études de littérature, de linguistique, des langues classiques: le grec, le latin et des langues modernes: l’anglais, l’allemand, l’espagnol. Possède une spécialisation en Histoire de la Culture et de l’Art et a agi comme médiatrice culturelle dans les châteaux de la renaissance du Val de la Loire, France. Elle a travaillé comme formatrice/professeur de la langue portugaise au Brésil et en France. Elle s’est installée en France en 2009, titulaire d'un Master Recherche LLCE Langues, Littératures, Civilisations Etrangères, Études Romanes – Portugaises et Brésiliennes par l’Institut Ibérique de la Sorbonne Université – Paris. Sa recherche a approfondi sur l’axe: «Le système mondial de textes et traductions: champ littéraire français au Brésil de 2009 à 2017». De 2016-2019, elle a collaboré avec l'équipe organisatrice du Printemps Littéraire Brésilien de la Sorbonne à plusieurs séminaires littéraires à Paris et en Lisbonne et a participé de rencontres littéraires nationaux et internationales.


Sara est née au Portugal. Suite à l’obtention d’une licence en Sciences de L’éducation, elle a travaillé comme éducatrice/institutrice au Portugal. Elle s’installe à Paris en 2012 où elle a travaillé comme éducatrice/institutrice et a donné des cours de tutorat de portugais à la faculté Paris 4 – Sorbonne où, actuellement, elle termine son master en Langues, Littératures et Civilisations Étrangères – spécialisation de Portugais avec un travail de recherche sur la présence de la littérature brésilienne et africaine d’expression lusophone dans les manuels scolaires au Portugal et l’influence du marché éditoriale dans cette présence. Elle a fait partie de la commission de l’organisation du Printemps Littéraire Brésilien et du groupe de traduction Esther. Elle participe à certaines conférences internationales liées à la littérature lusophone et à l’éducation.

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